Organisation de Femmes pour les Prisonnières Politiques


Libérez tous les prisonniers politiques
Bulletin Octobre 2016

Ce bulletin traite surtout du calvaire enduré par les détenues sur la route entre la prison et le lieu de leur audition, y compris le transport dans la «posta» (le véhicule utilisé pour le transport des prisonnier.es)

En 2008 Adalah – Le Centre Juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël, Médecins pour les droits humains-Israël et le Centre pour les droits des prisonniers de l’université d’Haïfa ont déposé une requête auprès de la Cour Suprême israélienne au sujet du transport dans la «posta».La requête a été retirée en juillet 2010 quand la cour a statué que la plupart des problèmes avaient été résolus suite aux procédures judiciaires.

Toutes ces années nous avons constamment informé sur les conditions de transport dans la «posta» qui, selon de nombreuses plaintes de la part des prisonnières, n’ont pas changé mais ont à l’inverse empiré.

L’avocate de la WOFPP, Taghreed Jahashan, a contacté à de nombreuses reprises certains des requérants de la liste ci-dessus pour les informer de la détérioration de la situation depuis que la requête a été retirée.

Le rapport ci-dessous a été donné à l’avocate de la WOFPP Taghreed Jahashan par Hifa’a Abu Sbeh détenue à la prison de Damon.

Certaines des détenues politiques de Damon ont leur audience à la cour militaire d’Ofer (près de Ramallah). Le voyage éprouvant dure trois jours .

Premier jour – de la prison de Damon à la prison d’Hasharon

La détenue est emmenée de l’aile de la prison à la «posta». Elle prend avec elle un ou deux sacs de vêtements et de nourriture. La «posta» peut être petite ou grande et parfois s’y trouvent déjà des détenus masculins. La première étape du voyage est la prison de Carmel (près d’Haïfa) afin d’y prendre d’autres détenues. De là elles vont au centre de détention de Kishon (Jalameh). Pendant tout ce temps les femmes restent dans la «posta», parfois pendant deux ou trois heures sans climatisation en été ni chauffage en hiver. L’arrêt suivant est la prison d’Hasharon où les détenues sont placées dans une aile de transition où se trouvent aussi des prisonnières de droit commun qui sont toutefois dans des cellules séparées. Si les détenues arrivent après l’heure du déjeuner on ne leur donne rien à manger jusqu’au soir.

Deuxième jour – de la prison d’Hasharon à la cour militaire d’Ofer

Vers 3 ou 4h du matin les détenues sont emmenées de l’aile de transition à une salle d’attente (après avoir subi une fouille au corps) où on les garde jusqu’à 6h. Quand elles quittent l’aile de transition les détenues portent leurs affaires, un ou plusieurs sacs de vêtements et de nourriture. Leurs mains et jambes sont attachées et parfois elles sont enchaînées l’une à l’autre. Il est évident que deux détenues ensemble, déjà attachées aux mains et aux jambes ont beaucoup de mal à marcher et particulièrement à monter des escaliers tout en portant leurs affaires qu’elles doivent enlever de l’aile de transition et laisser à la prison d’Hasharon pour pouvoir les reprendre à leur retour en prison.

A ce stade, après une nouvelle fouille au corps, elles sont chargées dans la «posta» où elles doivent s’asseoir avec les détenus hommes de droit commun et politiques et les détenues femmes de droit commun. De la prison d’Hasharon elles sont emmenées à la prison de Ramleh. S’il faut changer de véhicule les détenues doivent sortir de la «posta» et si elles sont sous la pluie en hiver elles doivent rester dans leurs vêtements mouillés jusqu’au soir. S’il n’y a pas de changement de véhicule les détenues doivent attendre dans la «posta». L’arrêt à la prison de Ramleh dure entre deux et trois heures. Notons à nouveau qu’elles doivent rester assises dans un véhicule surpeuplé, avec de petites fenêtres, sans climatisation et sans pouvoir aller aux toilettes ni avoir un verre d’eau .

L’arrêt suivant est la cour militaire d’Ofer. Les détenues sont alors transférées dans la salle d’attente qui est dans un état horrible – sale, le sol couvert d’eau et les sièges en pierre sont froids et inconfortables. On donne aux détenues une espèce de déjeuner mais comme tous les ingrédients sont mélangés dans le contenant la nourriture est immangeable.

Pendant la procédure les détenues sont généralement traitées avec rudesse par les gardiennes. Notez que c’est là une occasion pour les détenues de voir leurs familles et d’échanger quelques mots. A la fin de l’audition – qui n’a duré que quelques minutes car presque toujours elle est reportée -les gardiennes tirent les détenues par les menottes, les empêchant de faire un signe d’au revoir à leur famille, d’échanger quelques mots avec leur avocat.e et de récupérer le compte-rendu de l’audience.

Les auditions se terminent en toute fin d’après-midi et le voyage de retour à la prison commence, passant à nouveau par la prison de Ramleh, les détenues devant rester assises dans la «posta» à la station de transit pendant trois à quatre heures. Elles n’arrivent à la prison d’Hasharon que vers 9 ou 10 h du soir et sont placées dans l’aile de transition. Il va sans dire qu’on ne leur donne à manger et à boire que le lendemain matin. Il faut savoir que les ailes de transition de la prison d’Hasharon sont sales, on ne fournit pas aux détenues du savon pour nettoyer le sol ni une serpillière pour éponger l’eau qui coule des douches dans les cellules. Il n’y a en général pas assez de place pour toutes les détenues, l’air dans les cellules est chaud et sent le renfermé et les fenêtres grillagées sont fermées de l’extérieur par une plaque de métal.

Troisième jour – de la prison d’Hasharon à la prison de Damon

Vers 7 h du matin les détenues sont emmenées à la salle d’attente où elles attendent au moins deux heures avant d’être chargées dans la «posta». Le voyage comprend les arrêts habituels : au centre de détention de Kishon elles attendent au moins deux heures que les détenues soient chargées ou déchargées, à la prison de Carmel il y a le même processus et de là elles sont finalement emmenées à la prison de Damon. Mais ce n’est pas la fin du voyage – là aussi elles doivent attendre au moins trois heures dans la salle d’attente avant de pouvoir regagner leurs propres cellules.

Ce voyage est si éprouvant que de nombreuses détenues demandent à leur avocat.e de demander l’autorisation de ne pas assister à leurs auditions. En général la cour ne permet pas la tenue du procès sans que la détenue soit présente même quand elle sait que l’avocat.e va demander un report.

Quelques informations concernant la détenue Hifa’a Abu Sbeh

Hifa’a a 37 ans, vit à Hebron, est mariée et mère de six enfants entre 2 et 18 ans. Hifa’a est la directrice d’une école primaire privée et milite dans plusieurs associations d’aide. Elle est présidente du Jardin d’enfants et de l’association des écoles privées à Hebron, membre du bureau du Centre pour la Démocratie à Ramallah et formatrice en ressources humaines au niveau international. Elle a été arrêtée à son domicile le 14 décembre 2015 et a subi des interrogatoires très serrés.

La campagne systématique de l’occupation contre les organisations de la société civile palestinienne signifie clairement qu’elle considère Hifa’a comme un risque et fera tout ce qui est possible pour la mettre en prison.

Prison d’Hasharon (Tel Mond)

Dans la prison d’Hasharon il y a 40 prisonnières/détenues politiques, dont 12 mineures entre 15 et 17 ans et 12 femmes entre 15 et 45 ans qui ont été blessées par les forces de sécurité.

Fin juillet 2016 les femmes ont participé à la grève de la faim des prisonniers politiques en solidarité avec le détenu gréviste de la faim Bilal Qayed. Tou.tes les prisonnier.e.s politiques ont participé à la grève et depuis, en guise de punition, tou.te.s les prisonnier.e.s politiques de toutes les prisons sont empêché.es de voir la chaîne palestinienne de télévision de la Cisjordanie Ma’an.

Les détenues d’Hasharon dont les cas sont jugés à la cour militaire de Salem (au nord de Jénine) sont transférées au centre de détention de Kishon la veille de l’audience et emmenées à Salem le lendemain. Après la procédure elles sont ramenées au centre de détention de Kishon et le lendem ain à la prison d’Hasharon. En janvier 2015 la prisonnière Yasmin Sha’aban s’est plainte aux autorités de la prison de mauvais traitements et des conditions pénibles de transport.

Suite à des demandes de prisonnières et de l’avocate de la WOFPP Taghreed Jahashan auprès des autorités de la prison, le problème des visites de membres de la famille âgés a été résolu et les visites ont lieu dans une pièce contiguë à la salle d’attente.

Après le refus d’un repas par les prisonnières et suite à des discussions entre elles et les autorités de la prison, le problème de la longue attente des familles en dehors du hall d’attente a été résolu. Cette campagne menée par les prisonnières a amené d’autres concessions comme la permission de recevoir le Coran et d’autres livres, et le respect du droit des prisonnières à passer les 45 minutes réglementaires avec leurs familles lors des visites.

Les études continuent à la prison d’Hasharon. Quatre prisonnières ont passé le Taujihi (le baccalauréat palestinien) avec succès.

Récemment il y a eu une dégradation dans les conditions de visite de l’avocate de la WOFPP. Taghreed Jahashan a écrit aux autorités de la prison pour se plaindre des droits de visite et des limitations mises à la durée de ces visites. Ces limites l’obligent à ne voir que quelques prisonnières à chaque visite et entraînent une perte de temps injustifiable.

Prison de Damon (Mont Carmel)

Dans la prison de Damon il y a 16 détenues/prisonnières politiques dont une de Gaza. Parmi elles une prisonnière a été blessée par les forces de sécurité lors de son arrestation et une autre est en détention administrative.

Suite à une visite d’un(e) représentant(e) du service des prisons et du commandant de la région nous signalons quelques changements: Les prisonnières de la prison de Damon peuvent recevoir des livres mais pas de matériel de travaux manuels. Actuellement ce matériel est apporté en petites quantités par la Croix Rouge internationale, les familles n’ont pas le droit d’en apporter et l’avocate de la WOFPP, Taghreed Jahashan a écrit au commandant de la prison à ce sujet.

Dans la prison de Damon les émissions de télévision de Ma’an ont également été interrompues et il y a une réception sporadique d’émissions de radio qui servent à maintenir un contact entre les prisonnières et leurs familles et à donner aux prisonnières des nouvelles de la Cisjordanie.

Nous appelons à la solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens et leur libération.

En raison du grand nombre de détenues et prisonnières, la WOFPP visite actuellement deux prisons, Damon et Hasharon; de plus le nombre de visites en prison a augmenté. Les mineures qui sont incarcérées pour la première fois ont besoin d'une attention particulière et nous nous occupons aussi des cas des prisonnières blessées lors de leur arrestation, ce qui est une nouveauté pour nous. Dans le même temps nous continuons à observer les auditions des cours militaires. Tout ce travail supplémentaire pèse sur notre petit budget et nous apprécierons les donations qui nous aideront à faire face à notre charge de travail constamment en augmentation.

Pour les donations à WOFPP:
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Nombre du compte: 471067
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